En images : jeu de boîtes

Il n’a pas fallu plus d’un quart d’heure au designer Martijn Frank Dirks pour imaginer l’aménagement du loft de Muriël et Helmer. Deux boîtes distinctes en structurent le volume, tout en préservant le sentiment d’ouverture. Un projet astucieux, où conception réfléchie et bon usage des couleurs façonnent un lieu de vie audacieux.

Le logement de Muriël et Helmer fait partie d’un projet de Superlofts conçu par le bureau néerlandais MKA Architects. Ce concept d’habitat collectif propose que ce soient les futurs occupants – et non de grosses sociétés de développement – qui finalisent le bâtiment, en collaboration avec l’architecte. Chaque résident est ainsi libre d’aménager son espace, un loft brut de plus de 5 mètres de haut, comme il le souhaite. Dès le départ, concepteurs et maîtres d’ouvrage sont donc impliqués dans le projet.

C’est ainsi que Martijn Frank Dirks, fondateur du bureau néerlandais studiomfd, a pu adapter les plans aux désirs de Muriël et Helmer. « Savoir comment un bâtiment a été construit constitue un avantage de taille. Cela permet de voir ce qu’il est possible d’y faire. Cela m’a aussi permis d’apprendre des choses, notamment qu’aménager des boîtes dans un loft sans cloisons ni planchers impliquait de les suspendre. »

Un habillage sur mesure

Ce loft se compose d’un grand volume tout en hauteur, vitré de part et d’autre. Plutôt que d’aménager un niveau séparé pour les chambres et la salle de bains, le designer a suspendu deux grandes boîtes dans l’espace, une à l’avant et l’autre à l’arrière, accessibles par un escalier partant du rez-de-chaussée et reliées entre elles par une galerie. Cet agencement crée un vide au-dessus de l’entrée, qui offre d’emblée une excellente perception de l’espace.

Comme chacune de ces boîtes possède des fenêtres, l’air et la lumière circulent parfaitement dans tout le loft. « Il est littéralement possible de voir d’une chambre à l’autre », souligne Martijn. La première boîte et l’escalier délimitent l’espace de la cuisine, qui est de ce fait plus intime. Sous la deuxième boîte se trouve un espace de hauteur moindre, idéal pour regarder un film ou jouer du piano. Le séjour, lui, s’étire sur plusieurs mètres de hauteur. « Tout s’est agencé de manière très fluide et naturelle », poursuit Martijn.

Des choix évidents

Helmer et Muriël ont mûrement réfléchi à l’exploitation de l’espace. C’est ainsi que son agencement s’est imposé de manière plus ou moins évidente. « Nous voulions par exemple que l’escalier se trouve du même côté que le balcon, raconte Helmer. Cela a permis de créer un espace tout en hauteur, où nous avons installé la table à manger. Nous considérons cela comme l’avant de l’habitation. Il était donc logique que notre chambre vienne à l’arrière. Nous devions également tenir compte des hauteurs de plafond prescrites. La hauteur d’un séjour doit être de 2,60 mètres. Comme notre chambre possède cette même hauteur, cela a automatiquement donné à l’espace situé en dessous une allure de salon feutré. Je suis également très satisfait par l’implantation de la cuisine. Si on avait procédé autrement, ce couloir serait resté un long espace vide et inutilisé. »

Diversité des matériaux et des couleurs

Martijn a reçu carte blanche des propriétaires, y compris pour les finitions. Si le couple avait quelques souhaits – dont celui de garder apparentes certaines parties en béton –, le concepteur a pu injecter dans ce projet bon nombre de ses idées. Contre le mur du séjour, par exemple, se trouve une vilaine gaine technique qu’il a fait peindre en bleu nuit. Sur les hauts murs bordant l’escalier, il a opté pour du vert, l’escalier étant en chêne cognac. « J’aurais pu appliquer partout la même couleur, mais nous trouvions précisément que la diversité des couleurs et des matériaux était intéressante », explique Martijn pour justifier son choix. Quant au caractère brut du béton si cher aux maîtres d’ouvrage, il l’a combiné avec d’autres matériaux. Le haut rangement du séjour, par exemple, est réalisé en acier et panneaux OSB peints.

Face à une telle variété de matériaux et de couleurs, le risque de cacophonie était réel. Heureusement pour Helmer et Muriël, Martijn est incroyablement doué pour trouver ce qui va créer le juste équilibre, comme en témoigne le revêtement de sol coulé vert de gris.

Conjuguer fonctionnalité et ambiance

Martijn qui, au terme de sa formation à la Design Academy d’Eindhoven, a principalement travaillé pour le commerce de détail, aime combiner le caractère domestique d’une habitation avec des éléments audacieux, que l’on retrouve plutôt dans des hôtels ou des restaurants. « Prenons par exemple la face inférieure des boîtes, qui forme le plafond à certains endroits. Nous l’avons peinte de façon très subtile – ce qui laisse la structure du bois apparente –, mais dans une couleur plutôt inattendue pour une habitation. En effet, qui oserait un plafond vert foncé dans sa cuisine ? Ici, c’est parfaitement envisageable, vu la présence d’éléments apaisants. »

Afin d’organiser l’espace au mieux et de préserver la surface habitable, l’architecte a utilisé tous les recoins possibles pour créer du rangement. Comme la haute étagère du séjour ou l’espace sous l’escalier. « L’escalier est assez large, notamment parce qu’il dissimule un W.-C. et une niche pour le réfrigérateur en partie inférieure. Le fait qu’il grignote un peu l’espace de vie est né d’un besoin inconscient de remplir l’espace. Mais cela contribue à l’équilibre de l’ensemble », conclut Martijn.

Concept modulable

Le point de départ de ce projet était le désir très conscient de Muriël et Helmer de garder tout ouvert, de l’avant vers l’arrière. Cela offre des vues sans entraves de part et d’autre, tout en permettant à chaque espace – et c’est là l’originalité – de disposer de son intimité.

Ce concept est également très flexible. « Si nous venions à vendre, l’acheteur pourrait également façonner l’espace comme il le souhaite, le faire sien. Ici, rien n’est irréversible. Cela n’a rien à voir avec l’achat d’une maison des années 1920 pour la transformer… », conclut Helmer.

Cocneption : Martijn Frank Dirks - studiomfd
Auteur : Emmy van Dantzig
Photos : Jansje Klazinga

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