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Le jardin climato-résistant : “Résistant à la chaleur, peu d’entretien et pas cher”

Depuis quelques années, nous sommes confrontés de plus en plus à des vagues de chaleur, pénuries d’eau et même à l’effondrement de colonies d’abeilles. Ainsi, Marleen Massonnnet, architecte de jardin, a-t-elle décidé de mettre la nature et le climat au centre de son travail. Elle crée des jardins frais et qui demandent peu d’entretien avec une riche biodiversité chaque saison. Pourquoi pas vous, même si vous avez un jardin de ville. Curieux d’en connaître les secrets ?

La clé du succès de Marleen ? Placer le moins de surfaces dures possible. “Plus votre terrasse et votre allée sont grandes et plus il y a de sentiers, plus votre jardin va se réchauffer”, explique-t-elle. “Chez moi, j’ai une petite terrasse qui est inclinée vers le jardin, ainsi l’eau de pluie s’écoule vers le sol. Mais, si votre jardin est rempli de surfaces dures, vous risquez des problèmes tant au niveau de l’écoulement de l'eau que de la surchauffe. Sur ma terrasse ou même sur le gazon coupé court, cela représente facilement quelques degrés de différence. Chez moi, à l’ombre des arbres, il y a pas moins de six degrés en moins que sur ma terrasse. De plus, la fabrication et le transport de dalles de ciment engendrent une quantité importante d’émissions de CO2, ce qui est également mauvais pour le climat.”

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Couches de verdure

Un autre élément important dans un jardin résistant aux changements climatiques ? Beaucoup de végétation. “La verdure produit de la fraîcheur”, déclare Marleen. “Les feuilles participent à l’évaporation : elles restituent l’humidité et rafraîchissent l’air de votre jardin. De plus, elles absorbent du CO2. C’est la raison je prévois un maximum de végétation en couches. Une pelouse maintenue courte absorbe beaucoup de CO2, mais de l’herbe haute, des plantes vivaces, des arbustes et des arbres avec différentes couches de feuilles le font davantage. Ceux-ci ont donc en effet rafraîchissant plus important et absorbent aussi plus de CO2. Terrasses et façades en briques absorbent la chaleur qu’elles restituent ensuite au jardin. Le mot d’ordre est donc un minimum de surface dure et un maximum de verdure.”

Émerveillée chaque année

La richesse des couleurs est la première chose qui surprend lorsque vous pénétrez dans le jardin de Marleen. “En vérité, je laisse en grande partie la nature faire son oeuvre”, précise-t-elle. “Dans les parterres, je sème et plante des espèces indigènes, mais la plupart commencent à pousser de manière spontanée. Après un certain temps, vous apprenez à connaître les différentes sortes et vous savez distinguer quelles variétés valent la peine d’être conservées. Cette cardère produit de très belles fleurs mauves et attire de nombreuses abeilles, bourdons et papillons, comme des Azurés de nerpruns. Comme c’est bon pour la biodiversité, je laisse ces plantes en place. Il y a quelques années, l’un de mes parterres s’est tout d’un coup couvert de petites pensées. C’était non seulement beau, mais cela sentait très bon. Est-ce pour autant une mauvaise herbe ? C’est précisément cela que j’aime : être chaque année émerveillée par l’apparition de nouvelles plantes.”

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Développement spontané

On ne peut pas vraiment parler d’une pelouse. “Et c’est un choix délibéré de ma part”, déclare Marleen. “Aux endroits destinés à être fonctionnels, comme les endroits où je passe et où j’ai l’habitude de m’installer, je fais en sorte que le gazon soit coupé court. Cela structure aussi le jardin. Mais pour le reste, je laisse l’herbe pousser, afin que les fleurs et autres végétaux puissent se développer de manière spontanée. De cette manière, les insectes s’y aventurent en plus grand nombre. Si je n’ai pas envie de tondre l’herbe, je ne le fais pas. Et pourquoi le ferais-je ? C’est meilleur pour la nature et je préfère admirer des plantes en fleurs qu’une grande pelouse.”

Des légumes qui se ressèment

Avec un potager, vous pouvez exploiter beaucoup plus utilement l’espace disponible, estime Marleen. “Au niveau des légumes, j’ai recours au maximum à l’autoproduction”, ajoute Marleen. “Tant à l’avant qu’à l’arrière du jardin, j’ai prévu des carrés de légumes. À cause de la sécheresse des dernières années, les semis ont été plus difficiles à réaliser. Aussi, pour certaines variétés de légumes, je laisse les plantes monter en fleurs afin qu’elles se ressèment et germent au moment voulu. J’ai moins de plantes à manger, mais d’autre part, celles-ci produisent de belles fleurs qui attirent les abeilles et les papillons. Mis à part dans ma serre, je dois à peine semer et planter.”

Dépendance à l’arrosage

Un grand jardin rempli de légumes, d’aromates et de fleurs nécessite d’énormes quantités d’eau. “Absolument pas”, se défend Marleen. “Au contraire : je donne de l’eau à mes plantes uniquement quand je viens de les planter, pour leur assurer un bon départ. Si vous ne leur donnez pas d’eau, les racines vont pousser plus profondément dans le sol à la recherche d’eau. Si au contraire vous le faites, les racines restent petites et superficielles. Vous créez ainsi une dépendance à l’arrosage qui ne les rendra pas plus robustes ni plus saines. Vous pouvez voir celle-ci comme une forme d’impuissance apprise. Dans des périodes réellement chaudes ou sèches, les feuilles peuvent paraître moins vigoureuses pendant la journée, mais le soir, elles se rétablissent rapidement.”

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Réservoir d’eau naturel

Est-ce que tout fonctionne naturellement ? “Il faut surtout veiller à ce que le sol soit sain”, répond Marleen. “Dans mon jardin, le sol est entièrement recouvert de mulch. Ainsi, il est préservé du soleil et du froid et le sol sèche à peine. La substance organique produit de bonnes bactéries, des champignons et d’autres organismes qui enrichissent le sol. Ceux-ci le dégradent et produisent des nutriments pour les plantes. Et cette matière organique fait l’effet d’une éponge, de telle manière que le sol est capable d’absorber et de retenir davantage d’eau. Vous avez donc pour ainsi dire un grand réservoir d’eau sous votre jardin. Qu’il vous suffit d’exploiter. Par ailleurs, vous avez intérêt à laisser tous ces organismes vivre normalement. Ils garantissent une interaction naturelle.”

Carrés de légumes circulaires

Pour préserver la bonne santé de son potager, Marleen travaille avec des petits carrés de légumes. “De cette manière, je peux atteindre ceux-ci depuis n’importe quel endroit du sentier”, explique-t-elle. “Lorsque vous circulez sur une terre arable, vous tassez le sol qui peut donc contenir moins d’air et d’eau. En choisissant la largeur exacte de mes carrés, j’utilise l’espace de manière optimale. Pour mes parterres, à la place de bordures en béton, j’ai récupéré chez moi d’anciennes tuiles et poutres en bois. Je ne traite pas ce bois, car je veux préserver mon jardin de substances nocives. Le bois se décompose aussi lentement et sert de nutriment au sol. La majeure partie des matériaux dans le jardin sont recyclés. De cette manière, nous réduisons les quantités de déchets aussi.”

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Des cobayes bien utiles

Marleen laisse également la population d’animaux mener leur vie librement. “J’ai longtemps eu des problèmes avec les limaces”, précise-t-elle. “Mais lorsque j’ai arrêté de les combattre, j’ai vu le phénomène diminuer. Il y a assez de hérissons, souris et grenouilles qui en raffolent. De temps en temps, quelques limaces s’attaquent encore à l’une ou l’autre plante, mais il s’agit surtout de plantes plus fragiles. Par nature, elles nettoient le jardin. Toutes ces espèces d’animaux présentes dans le jardin créent un équilibre. La seule chose que je fais c’est leur donner à manger et leur prévoir un abri. Je laisse par exemple les résidus de taille sous mes haies, où les souris et crapauds cherchent l’ombre. Les passereaux se réfugient dans les troènes, les semences des panais en fleurs et autres plantes leur fournissent à manger pendant l’hiver. Ce n’est pas compliqué.”

Même ses cobayes se rendent utiles. “Ils circulent entre les carrés de légumes, où ils tondent l’herbe et produisent du compost. Je les considère comme ma tondeuse « zéro émission.”

Pré sauvage

Tout au fond de son jardin, Marleen a encore un lopin qu’elle laisse intact. C’est mon pré sauvage”, dit-elle. “J’y ai planté des arbres fruitiers, notamment des pommiers et des poiriers, tant pour la récolte que pour le climat. Les arbres et arbustes attirent les oiseaux, le petit étang regorge de grenouilles, crapauds et salamandres au printemps et l’herbe haute et les fleurs sont bonnes pour les abeilles, les sauterelles et les papillons. Si vous voulez de la vie dans votre jardin, l’eau est un must et les arbres, arbustes et haies abritent de nombreux animaux. Et il faut choisir des espèces indigènes, car ce sont celles que nos insectes préfèrent.”

Observer et expérimenter

Comment s’y prendre pour créer un jardin climato-résistant ? “Il est surtout important de prendre le temps de connaître votre jardin”, déclare Marleen. “Il faut facilement un an avant de savoir quels sont les endroits chauds et froids, quelle est l’influence du soleil, quels endroits sont plus exposés au gel, quels au vent ... Aussi il faut bien observer et expérimenter avant d’intervenir. Vous saurez ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas chez vous. Regardez aussi comment votre jardin évolue au fil des saisons. Et si vous doutez, vous pouvez toujours demander l’avis de quelqu’un d’autre.”

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Cultiver du riz dans le désert

Même si vous avez un très petit jardin, il n’y a pas de raison que vous ne pensiez pas à le protéger des changements climatiques. “Veillez surtout à créer le strict minimum de surfaces dures, à prévoir un maximum de verdure et à exploiter toutes les surfaces dont vous disposez”, explique Marleen. “La végétation grimpe contre les murs, avec éventuellement un peu d’aide. Une vigne peut faire office de barrière au soleil et éviter que ma façade ne chauffe trop vite. L’ombre est très importante, surtout avec les vagues de chaleur que nous connaissons actuellement. Placez aussi des plantes qui se plairont dans votre jardin. Si le sol est sec, vous pourrez y remédier et vous devrez aussi donner de l’eau aux plantes surtout au début. Mais si elles ne s’en sortent pas au bout d’un certain temps, cela signifie simplement qu’elles ne sont pas adaptées à votre jardin. Elles ne feront que gaspiller votre temps et votre eau. Il est absurde de vouloir cultiver du riz dans le désert.”

Pâquerettes

Vous êtes prêt à créer votre propre jardin climato-résistant ? Marleen a encore un bon conseil pour vous. “Aménager un jardin à l’épreuve du climat n’a que des avantages”, affirme-t-elle. “Ce n’est pas cher, mais bon pour la biodiversité et ne produit pas de déchets. De plus, il demande peu d’entretien : laissez simplement la nature faire son oeuvre. Il faut seulement être capable de ne pas intervenir. Dans la nature, tout fonctionne bien, sans qu’il y ait un ordre particulier. Nous avons cette tendance à tout mettre dans des cases. On peut le faire, un peu de structure n’est pas mauvaise. Des sentiers et des carrés dans votre potager et quelques parterres, proprement délimités, mais où les plantes poussent librement, aménagés entre un gazon net et des haies bien droites constituent un beau compromis. Ou bien serez-vous plus tolérant vis-à-vis des fleurs qui ornent votre gazon. À commencer par les pâquerettes que vous laisserez éclore.”

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