L’immobilier post-corona : 3 experts partagent leurs impressions

Quel est l’impact du corona sur le secteur de l’immobilier ? Allons-nous massivement chercher un autre type de logement ? Et les prix ? Peut-on s’attendre à une diminution ou précisément le contraire ? Livios a interrogé l’agent immobilier Mathieu Vansweevelt, Kristophe Thijs, directeur communication de CIB Vlaanderen et Roel Coenen, Directeur commercial du Groupe Verelst.

Le secteur de l’immobilier a connu une stagnation pendant plusieurs semaines en raison de la crise du corona. Depuis lors, les candidats acquéreurs et locataires peuvent à nouveau chercher un logement. Mais quel a été l’impact du corona sur le marché ? Et allons-nous ressentir ces effets pendant encore longtemps ? Nous avons posé ces questions à trois experts de l’immobilier.

Impact du corona

L’agent immobilier Mathieu Vansweevelt nous répond : “Dans les premières semaines de la reprise, nous remarquons que les candidats acheteurs ont eu beaucoup de temps pour réfléchir. Ils savent très bien ce qu’ils veulent. De plus, le secteur de la vente immobilière a été à l’arrêt pendant près de deux mois, si bien que des listes d’attente se sont formées. Cela a augmenté la pression des candidats acquéreurs à agir rapidement. Par conséquent, les biens se vendent au prix demandé, voire supérieur.” Nous ne pouvons pas prédire la tendance à long terme. Tout dépendra selon Vansweevelt de l’impact sur l’économie. “Aussi longtemps que le pouvoir d’achat des ménages est préservé, l’impact sur le marché de l’immobilier restera positif. Se loger est une nécessité. L’incertitude peut effectivement amener à une attitude attentiste, tant du côté des acheteurs que des vendeurs, d’où un fléchissement de l’offre et donc moins de transactions.”

Dégâts limités

Kristophe Thijs, directeur communication chez CIB Vlaanderen le remarque aussi : “Nous sommes occupés en un laps de temps réduit à limiter les dégâts, grâce aux visites de biens et ventes accélérées. Les prix demandés sont effectivement acceptés et la vente est même réalisée au-dessus du prix demandé. Cela indique que beaucoup de candidats acquéreurs et locataires étaient restés sur leur faim, ce que nous savions au vu des longues listes d’attente. La pression est aujourd’hui importante. Si une maison vous plait, vous ne devez pas réfléchir longtemps pour vous décider. Il faut prendre une décision rapide.”

Accélération de la digitalisation

Le principal impact de la crise du corona que CIB perçoit et qui perdurera certainement encore est la digitalisation massive de l’ensemble du processus de vente et de location. “Tandis qu’auparavant, les accords étaient finalisés au bureau ou en agence, une grande étape a été franchie à ce niveau”, rapporte Kristophe Thijs. “Tout le processus est digitalisé, même jusqu’au contrat de location ou de vente. Ce phénomène avait déjà été amorcé, mais le corona a rendu celui-ci inéluctable et beaucoup d’agents ont pu en apprécier les bénéfices : un gain énorme de temps. Le numérique rend les choses beaucoup plus rapides.”

Une habitation, ça se visite

Reste qu’avant d’acheter une habitation, les gens doivent toujours pouvoir la visiter. “Et c’est logique. Une habitation ne s’achète pas à partir de photos ou de simples visites. Ce que nous disent les entrepreneurs du virtuel c’est que les agents immobiliers recherchent de plus en plus des solutions pour proposer ces tours virtuels à leurs clients potentiels. Ceux-ci permettent à l’agent d’organiser avec le candidat acquéreur ou locataire une visite virtuelle des lieux et de découvrir en live l’aménagement et l’aspect de l’habitation. À ce niveau, l’évolution est phénoménale en une période de huit semaines.”

Être créatif sur chantier

Le lockdown a également eu un effet important sur les entreprises et les chantiers de construction. “Bien entendu, la distanciation sociale a un impact sur la manière de travailler, tant dans le showroom, que dans les bureaux et sur les chantiers”, déclare Roel Coenen, Directeur commercial du Groupe Verelst. “Le transport depuis et à destination des chantiers aussi est organisé différemment. Les ouvriers ne peuvent plus se retrouver dans la même camionnette. Sur chantier, l’installation de chantier et l’organisation ont aussi été adaptées. C’est une opportunité pour réexaminer l’aménagement des chantiers et faire preuve de la créativité nécessaire.”

Pas de baisse des prix

Qu’en est-il du prix de l’immobilier ? Quel est l’impact du corona sur celui-ci ? “Aussi longtemps qu’il n’y a pas de crise au niveau macro-économique, nous ne nous attendons pas une baisse des prix”, pense Mathieu Vansweevelt. “En cas de diminution de l’offre sur le marché, il pourrait même y avoir des augmentations de prix dans certains segments ou pour certains types d’habitations. Ce qui est quasi certain c’est que certains ménages vont remettre à plus tard un achat éventuel et continueront à louer (et épargner) pendant plusieurs années. Cela signifie que le marché locatif va prendre de l’ampleur, ce qui offrira de nouvelles opportunités aux investisseurs. Actuellement, l’offre est suffisante au niveau des nouvelles constructions d’appartements.

L’immobilier reste un bon investissement

En dépit des prévisions de nombreux économistes, la CIB ne s’attend pas davantage à une baisse des prix. “Il ne semble pas que les prix vont diminuer. Si peu de temps après l’ouverture du marché, il est cependant difficile de prédire si la tendance va subsister. En tout état de cause, l’immobilier reste un refuge, même pour les investisseurs. Les gens ont tendance à y revenir, surtout en sortie de crise.” Roel Coenen est également convaincu que l’immobilier reste un bon investissement. “Les taux d’intérêt demeurent à un niveau historiquement bas, de telle sorte qu’il est plus intéressant encore de franchir le pas aujourd’hui. Si l’on considère nos plus proches pays voisins, on remarque que l’immobilier y est et y reste nettement plus cher. Le grand perdant de cette crise du corona sera vraisemblablement le marché des espaces professionnels et bureaux.”

Jardin ou terrasse

Le corona a-t-il une influence sur la façon dont nous voulons nous loger ? “Sans surprise, les habitations avec jardin ou les appartements avec une grande terrasse sont actuellement plus prisés”, observe Mathieu Vansweevelt. “Reste à voir si le phénomène va perdurer. Pendant le lockdown, le temps a été exceptionnellement ensoleillé ce qui a poussé les gens vers l’extérieur. Malheureusement, les personnes ne disposant pas de jardin ou de terrasse n’ont pas pu cette chance. Il est probable que cela change dans quelques mois.”

Grande différence de prix

Selon Kristophe Thijs, il ne faut pas non oublier qu’il y a une grande différence de prix entre un appartement et une maison avec jardin. “Si vous être confiné dans un espace restreint pendant huit semaines, sans terrasse ni jardin, vous y aspirez. Mais il faut aussi que cela soit possible financièrement. Pour les jeunes ménages surtout ce n’est pas toujours évident. Et corona ou pas, les appartements neufs restent le principal attrait. Ils sont directement aménageables, éco-énergétiques et généralement bien situés.”

Légères adaptations

Roel Coenen ne s’attend pas à ce que les candidats acquéreurs et bâtisseurs se mettent en quête d’une autre forme de logement après le lockdown. “Dans l’aménagement de leur habitation, ils vont plutôt apporter de légères adaptations en fonction du télétravail. Nous serons pour ainsi dire plus nombreux et plus longtemps présents à notre domicile, d’où le besoin plus criant d’espace pour que chacun. L’aménagement intérieur se voudra peut-être moins ouvert ou alors le volume devra être agencé de manière à pouvoir isoler facilement certaines zones. Les gens qui hésitent entre acheter une maison avec jardin (même de petite taille) ou un appartement seront aujourd’hui plus enclins à opter pour la première option.”

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