Le débat sur l’interdiction du gaz néerlandais. « Nous allons aussi dans cette direction »

Dès le 1er juillet, les promoteurs chez nos voisins du nord seront obligés de libérer les nouveaux quartiers du gaz naturel. Les entreprises de construction hurlent au meurtre et trouvent incendiaires les retards et les coûts supplémentaires. « Un changement aussi soudain peut s’avérer difficile pour le secteur de la construction, mais, à long terme, nous aussi, nous nous dirigeons dans cette direction » explique Stijn Verbeke, spécialiste en énergie chez EnergyVille/VITO. Mais il nuance : « Un réseau de gaz très ramifié peut aussi être un atout en combinaison avec des solutions écologiques telles que le biogaz ou le gaz synthétique. »

Les entreprises de construction néerlandaises et les promoteurs immobiliers ont mis au centre de leur préoccupation l’interdiction de construire de nouvelles maisons raccordées au gaz naturel à partir du 1er juillet, soit six mois plus tôt que prévu. Les plans d’au moins dix mille logements doivent radicalement être modifiés afin de se conformer à la nouvelle loi. « Un changement à ce point radical n’est pas idéal pour le secteur de la construction, car il y a beaucoup de temps entre la conception sur plan et leur réalisation finale » explique Stijn Verbeke, chercheur au centre d’expertise EnergyVille/VITO.

« Un changement aussi soudain peut s’avérer difficile pour le secteur de la construction, mais, à long terme, nous aussi, nous nous dirigeons dans cette direction » explique Stijn Verbeke, spécialiste en énergie chez EnergyVille/VITO.

Photo: EnergyVille/VITO  

« Le choix du gouvernement néerlandais a beaucoup à voir avec la problématique des tremblements de terre à Groningen. Néanmoins, il est clair que nous allons aussi dans cette direction. D’ici 2050, nous devons prendre nos distances autant que faire se peut avec les énergies fossiles et le Pacte énergétique (qui n’a pas encore été adopté par les différents ministres de l’énergie) stipule, entre autres, que les chaudières à combustible ne pourront plus être vendues à partir de 2035. »

Le réseau au gaz n’est plus obligatoire

En ce qui concerne le gaz, il n’existe pas de scénario aussi radical en Belgique qu’aux Pays-Bas. Depuis fin 2016, les gestionnaires de réseau ne sont plus tenus de fournir un raccordement au gaz pour les nouveaux lotissements. « Cette obligation avait mené à des situations étranges » explique Stijn Verbeke. « Même dans les quartiers où il y avait un réseau calorifère, les gestionnaires de réseau restaient obligés d’établir un réseau de gaz. »

Du gaz écoenvironnemental

Maintenant que les Pays-Bas ont annoncé qu’ils fermaient le robinet du gaz, une grande partie de la Belgique doit passer du gaz à faible pouvoir calorifique à du gaz à haut pouvoir calorifique. Cela pourrait inciter d’aucuns à s’éloigner du gaz dans les régions concernées. « Il ne semble pas que le monde politique veuille aller dans cette direction » poursuit Stijn Verbeke. « Ils veulent poursuivre l’entretien du réseau au gaz. Soyons clairs : je vois cela comme un avantage. Le réseau gazier est largement ramifié dans notre pays et cela p eut être un atout si nous passons du gaz fossile à des solutions respectueuses de l’environnement comme le biogaz ou le gaz synthétique. »

Construire de nouvelles maisons raccordées au gaz naturel est interdit à partir du 1er juillet. Les plans d’au moins dix mille logements aux Pays-Bas doivent radicalement être modifiés.

Photo: Getty Images  

En attente des réseaux de chauffage

Le biogaz est produit en brûlant de la biomasse et des résidus agricoles. Les gaz synthétiques proviennent des excédents de la production d’électricité à partir des panneaux photovoltaïques et des éoliennes. C’est le principe de l’électricité au gaz. « L’hydrogène entre aussi en ligne de compte » souligne Stijn Verbeke. « Mais pour chacune de ces technologies, il reste du chemin à parcourir avant de pouvoir les appliquer à grande échelle et donc à un prix acceptable. »

En outre, toujours selon Stijn Verbeke, il ne s’agit que d’une partie de la solution. « Dans les zones où il y a une grande quantité de chaleur résiduelle provenant de l’industrie, il est beaucoup plus efficace de raccorder directement les maisons avoisinantes à un réseau de chauffage. Mais il n’y a pas de solution unique. Tout dépend des conditions locales. En Allemagne, par exemple, le biogaz est produit localement dans des fermes à proximité de petits villages. Dans ce cas, vous pouvez déployer de petits réseaux de chauffage ou de gaz. La géothermie profonde (extraction de la chaleur des couches d’eau souterraine à des kilomètres sous terre) peut faire partie de la solution, mais seulement dans certaines régions.

Des pompes à chaleur pour tout le monde ?

Outre les réseaux de chauffage, les Néerlandais veulent également installer des pompes à chaleur de manière massive en combinaison avec des panneaux solaires. Stijn Verbeke estime, là encore, que ce n’est pas la panacée à grande échelle, car cela peut entraîner des problèmes avec le réseau électrique. « Votre pompe à chaleur consomme principalement de l’énergie pendant les mois d’hiver, tandis que vos panneaux photovoltaïques produisent principalement de l’électricité lors des journées les plus ensoleillées, comme en été. Mais pour que le réseau fonctionne correctement, il doit y avoir un équilibre entre la production et la consommation d’énergie à tout moment. Par conséquent, l’utilisation à grande échelle de pompes à chaleur peut nécessiter des ajustements du système d’alimentation électrique. »

Pour les particuliers qui peuvent se le permettre, la pompe à chaleur en combinaison avec des panneaux solaires est souvent le choix logique, selon Stijn Verbeke. « Cela est en rapport avec nos compteurs à double sens. La réglementation actuelle en matière de performance énergétique ne tient pas compte du déséquilibre du réseau électrique et laisse cette charge aux gestionnaires de réseau. D’autres technologies de chauffage à faible teneur en carbone, telles que le biogaz, le gaz synthétique ou les réseaux de chaleur, ne sont guère prises en compte dans la législation actuelle. »

Bien isoler

Beaucoup d’incertitudes, en d’autres termes. Pourtant, selon Stijn Verbeke, une chose est certaine : « Le fil conducteur reste le même : assurez-vous que votre maison est bien isolée, afin que vous puissiez chauffer à basse température. Ensuite, vous pourrez aller dans toutes les directions. En fin de compte, un système de chauffage ne dure que 20 à 25 ans. »