Opinion Juan Vazquez (Gas.be) : « Nous utiliserons encore du gaz après 2050 »

Dans notre grand débat sur l’énergie, nos spécialistes se creusent la tête quant aux sources d’énergie du futur. Juan Vazquez, general manager de Gas.be, la fédération du transport et des gestionnaires de distribution du gaz, est convaincu que le gaz en fera encore et toujours partie. Il nous le livre dans cet article pour Livios. « Une taxe sur le CO2 n’augmenterait le prix du gaz que d’un centime. »

« Une taxe sur le CO2 n’augmenterait le prix du gaz que d’un centime. »

Photo: gas.be  

Les familles chauffent leur maison encore moins cher avec le gaz qu’avec l’électricité. Un Kwh de gaz coûte, en moyenne, 0,06 euro. Pour un kWh d’électricité, vous paierez 0,25 euro. On peut donc dire sans se tromper que vous payez quatre fois plus cher un chauffage électrique. Certes, il y a toujours la taxe CO2, mais celle-ci ne compensera pas la différence de prix entre le gaz et l’électricité. On parle généralement d’une taxe CO2 entre 55 et 100 euros par tonne de CO2. Un calcul rapide nous dit que cette taxe CO2 n’augmenterait le prix du gaz que d’un cent. Rien de plus.

Cela confirme que le gaz reste une source de chaleur bon marché. Raison sans doute pour laquelle, en Belgique, trois millions de citoyens se chauffent au gaz. Je pense qu’il est important que les installateurs et les utilisateurs finaux sachent que le gaz continuera à être consommé après 2030 et probablement même après 2050.

Gaz vert

Il est probable que nous parlerons moins, progressivement, de gaz naturel, mais de plus en plus de bio ou de synthétique. Des projets pilotes de production de gaz de synthèse et de biogaz sont en cours en France et en Allemagne. D’autres sont en place en Belgique. Eoly, filiale de Colruyt, Parkwind et Fluxys construisent ensemble une installation électricité-gaz à l’échelle industrielle. L’électricité verte sera ainsi transformée en hydrogène qui pourra être transportée et stockée dans les infrastructures gazières existantes.  L’hydrogène peut alors être utilisé pour produire du méthane en le combinant avec du dioxyde de carbone. Ce méthane est le principal composant du gaz connu sous le nom de gaz naturel.

Eandis investit également dans le gaz vert. La fermentation de déchets de légumes, de fruits et de déchets de jardin produit du biogaz ensuite épuré dans une centrale électrique pour former du biométhane ou du gaz vert. Celui-ci est ajouté au réseau de gaz naturel. Le gaz vert est une alternative renouvelable au gaz naturel fossile.

Un autre avantage est que le biogaz intervient dans le traitement des déchets, ce qui constitue une solution immédiate à un autre problème environnemental. Tout le monde se pose des questions quant aux émissions de CO2 proviennent des combustibles fossiles, mais personne ne s’interroge sur le méthane produit par les déchets. L’impact du méthane sur le climat est 26 fois plus important que celui du CO2. Avec la production de biogaz, nous pouvons neutraliser le méthane et l’utiliser pour valoriser le gaz.

Il est probable que nous parlerons moins, progressivement, de gaz naturel, mais de plus en plus de bio ou de synthétique.

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Le full electric n’est pas réaliste

Les sources d’énergie renouvelable comme le soleil et le vent ne sont pas encore suffisamment développées pour répondre aux besoins en électricité. Elles doivent être soutenues par d’autres sources comme le gaz et la biomasse. Le scénario du full electric pourrait se traduire par les plus importantes économies en termes de CO2, mais la science considère que cette voie est irréaliste et financièrement difficile. En supposant que les pays doivent répondre à une production limitée d’électricité verte chez leurs voisins, cela signifierait que chaque pays disposerait d’installations permettant de produire plus d’énergie que pour remplir ses besoins nationaux. Une infrastructure qui devra se retrouver dans le prix.

En outre, il est possible de stocker le gaz, ce qui est difficile avec l’électricité. Dans le cas des énergies renouvelables, le déséquilibre entre production et consommation persiste. Les panneaux solaires produisent beaucoup plus en été, alors que nous avons besoin d’un maximum d’énergie en hiver. La disponibilité et le prix de revient du gaz se maintiendront. Le gaz reste le bon choix d’aujourd’hui et de demain, mais sera aussi le choix d’après-demain.

Les sources d’énergie renouvelable comme le soleil et le vent ne sont pas encore suffisamment développées pour répondre aux besoins en électricité.

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Les pompes à chaleur sont chères

Faire le bon choix est compliqué pour qui construit ou rénove. Avant, le raisonnement était simple. Y a-t-il un réseau de gaz devant la porte ? Pas de discussion si vous pouviez opter pour le gaz naturel. Si ce n’était pas le cas, vous pouviez vous tourner vers le mazout ou le propane. Personne n’a pensé à la pompe à chaleur, car le niveau d’isolation des maisons ne répondait pas aux exigences de cette technique.

Lorsqu’on parle de pompes à chaleur, beaucoup de gens pensent aux pompes à chaleur électriques, mais les coûts de fonctionnement d’une pompe à chaleur au gaz sont moindres. Les coûts d’installation seront plus ou moins les mêmes. Le principal inconvénient d’une pompe à chaleur reste le coût de l’investissement. Un montant qui atteint facilement les 10.000 voire les 15.000 euros. Même si la maison est bien isolée, la chaudière à gaz reste une solution intéressante. Et peut-être le gaz perdra-t-il de l’importance pour le chauffage, mais pour la production d’eau chaude, il restera le numéro un absolu.

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