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Maître de votre énergie solaire : les six obstacles

Pourrons-nous bientôt stocker l’énergie solaire dans des batteries afin de profiter de l’électricité auto-générée quand il n’y a pas de soleil ? Se moquer des éventuels blackouts ? La technologie existe et fonctionne, mais nous n’en entendons presque jamais parler. Jo Neyens, de l’association PV Vlaanderen, et Dirk Coenen de chez Viessmann nous donnent leurs explications.

Nous générons une majorité de notre énergie solaire quand nous n’en avons pas besoin… Et vice-versa…

Photo Groep Huyzentruyt nv
  

« La crainte d’un black-out pousse les gens à réfléchir à un moyen de stocker l’électricité dans des batteries. »

Photo ODE Vlaanderen
  

Le stockage de l’énergie solaire offre de nombreux avantages, tant pour les familles que pour les gestionnaires de réseau.

Photo Blum - Orgalux
  

Notre propre réseau électrique fonctionne comme une batterie gratuite. Des compteurs intelligents pourraient fournir une solution.


  

« Il vous en coûtera facilement 10.000 euros pour un système de base (en ce compris le placement, la connexion au réseau et l’inspection obligatoire). »

Photo Viessmann Belgium SPRL
  

« Avec une batterie d’une capacité de 0,5 à 1 kWh/MWh, vous pouvez augmenter votre consommation d’énergie solaire tout au long de l’année. »

Photo ODE Vlaanderen
  

Les batteries essentiellement utilisées comme back-up

« Viessmann travaille avec ce genre de systèmes depuis 4 à 5 ans. Mais depuis les informations inquiétantes des pannes imminentes en fin de l’année dernière, nous avons reçu les premières personnes ayant des questions sur le sujet » explique Dirk Coenen. « Pensez aux dentistes qui pratiquent depuis chez eux. Ou aux personnes qui possèdent un aquarium. Ils ne peuvent pas se permettre de se retrouver soudainement sans électricité. »

Une évolution vers un nouveau réseau électrique intelligent ?

Mais il existe bien plus de possibilités avec un système de batteries. Aujourd’hui, vous ne pouvez utiliser l’électricité produite par vos panneaux solaires que le jour même, et seulement si vous êtes à la maison. Mais quand êtes-vous habituellement à la maison ? Précisément quand il n’y a pas ou peu de soleil. Votre pic d’énergie a lieu à midi et est redirigé vers le réseau public. Inversement, vous devez vous en remettre au réseau pour obtenir de l’électricité quand il fait nuageux ou sombre.

« Avec des batteries, les familles peuvent gérer leur propre production d’électricité solaire, par exemple en la stockant jusqu’en soirée. Cela permet de soulager le réseau puisque le pic se déplace. Et cela entraînera peut-être moins de fluctuations dans le prix de l’énergie » estime Jo Neyens de PV Vlaanderen.

On peut même aller plus loin. « Il serait possible de concevoir un système qui prévoit la production et la consommation sur base des prévisions météorologiques. Vous optimiserez ainsi la charge et la décharge de vos batteries. »

Encore (bien) trop d’obstacles

Beaucoup de choses doivent encore se produire pour intégrer des batteries à nos réseaux domestiques. « Actuellement, les probabilités de réussite en Belgique sont de 0% » affirme Dirk Coenen. Listons brièvement les obstacles.

1. Un réseau électrique obsolète comme batterie gratuite

« Pour commencer, notre pays a besoin d’un réseau intelligent pour tirer meilleur parti de nos panneaux solaires » explique Dirk Coenen. « La situation dans notre pays est complexe. Nous travaillons avec différents réseaux électriques et différents gestionnaires en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles. En outre, ils fonctionnent d’ores et déjà comme des batteries gratuites. En effet, notre compteur tournera à rebours si nous en venions à produire plus d’électricité que nous en consommons. »

2. Un besoin de compteurs intelligents

Revient alors l’idée de compteurs intelligents. Ceux-ci mesureraient vos données de consommation et chercheraient automatiquement le meilleur moment et le meilleur tarif pour organiser votre consommation domestique. « On en a beaucoup parlé, mais ils ne sont pas encore prêts » souligne Dirk Coenen. « En principe, ils devraient être obligatoires dès 2020. »

Selon Jo Neyens, la combinaison de deux compteurs intelligents devrait être possible. Un compteur pour l’apport d’électricité et un autre pour sa consommation.

3. Un nouveau plan tarifaire

« La Belgique ne présente pas de plans tarifaires qui pousseraient les gens à installer des batteries » poursuit Jo Neyens. « En 2017, la CREG devrait entièrement réviser son tarif de distribution. Nous nous mettrons autour de la table pour parler d’un tarif spécifique concernant le transfert du courant résiduel des batteries vers le réseau. »

4. Pas de subsides

Assez logiquement, il n’existe pas de subsides pour l’installation de batteries servant à stocker l’énergie solaire. En Allemagne, c’est déjà le cas. « Mais nous sommes en présence d’un réseau et d’une tarification très différents » poursuit Dirk Coenen.

« Environ 1,5 million d’Allemands ont des panneaux solaires sur leur toit. Et, parmi ceux-ci, 15.000 (1 %) ont déjà une batterie qui y est couplée » ajoute Jo Neyens.

5. Un coût élevé

« Vous payerez vite 10.000 euros pour un de nos systèmes de base » indique Dirk Coenen. « Vous aurez alors des batteries qui ne pourront être chargées qu’à 50 % de leur capacité. Autrement, vous risquez de les endommager. »

« Il existe aussi des modèles qui permettent de stocker 90 % de leur capacité en énergie. Mais ils sont beaucoup plus chers. Trop chers puisque cela ne vous rapporte rien, sinon les jours de black-out. L’espoir est de voir apparaître de ‘vrais’ subsides dans les années à venir. »

La bonne nouvelle est que les prix ne cessent de baisser. Jo Neyens le confirme : « en quatre ans, les batteries sont moitié moins chères. »

6. L’aspect technique n’est pas encore très clair

Enfin, il demeure des incertitudes sur les détails techniques. « De quelles protections aurons-nous besoin ? Peut-être devrions-nous, une fois encore, jeter un œil vers nos voisins allemands » conclut Jo Neyens.

« Une fois au point, c’est très faisable »

« Une fois l’infrastructure en place et les premiers obstacles franchis, les batteries pourraient rapidement faire la différence. » C’est évident : Jo Neyens est optimiste.

« Sans batterie, votre consommation propre de l’énergie solaire produite équivaut à 30% de celle-ci. Cela peut grimper à 40% (batteries de 2 kWh) et même 55 % (4 kWh). Et ceci avec des batteries relativement petites. Une fois le coût des batteries en baisse, vous pourrez espérer plus de rendement de votre installation. »

Des tonnes d’alternatives

Pour conclure, Jo Neyens se tourne vers le large éventail d’alternatives. « Pourquoi, par exemple, ne pas penser à des batteries de stockage à grande échelle ? Aux Pays-Bas, un projet pilote est mené dans un quartier où des banques à batteries sont installées. Elles ont la taille d’un parking à vélo et une capacité de 230 kWh et permettent de couvrir la consommation totale de 200 familles durant deux heures. »

« Il ne faut pas non plus oublier le rôle potentiel que jouera, à l’avenir, la voiture électrique. Celle-ci pourra aussi servir de batterie. Vous puiserez ainsi l’électricité nécessaire devant votre porte, roulerez jusqu’à votre lieu de travail et, une fois arrivé, pourrez remettre votre batterie en charge. »

« Une indépendance à 100% est aujourd’hui impossible »

Pourrions-nous, dans un monde idéal, être totalement indépendants du réseau public ? « Aucun scénario ne l’indique » martèle avec réalisme Jo Neyens.

« Une connexion au réseau reste nécessaire pour permettre l’échange des différents flux. Vous devriez installer un véritable parc de batteries pour couvrir vos besoins annuels en électricité. Irréaliste, même avec des tarifs moins élevés et des batteries moins chères. L’investissement est tout simplement trop important. Nous nous efforçons donc d’établir un échange optimisé et intelligent avec le réseau. »

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