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Quelles énergies pour demain ? Le point sur la question

Obligation de réduire les émissions de gaz à effet de serre, neutralité carbone dans l’Union européenne à l’horizon 2050, réglementations visant à privilégier les énergies renouvelables dans les nouvelles constructions… C’est peu dire que les énergies fossiles sont sous pression. Peut-on déjà envisager de les remplacer totalement par des énergies renouvelables ?

Neutre en carbone en 2050

Pour répondre à l’urgence climatique, la Commission européenne a défini trois objectifs clés à atteindre d’ici 2030. Concrètement, il s’agit de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % (par rapport à 1990), de porter la part des énergies renouvelables à au moins 32 %, et d’améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments d’au moins 32,5 %. Une première étape avant de parvenir à une Europe totalement neutre en carbone à l’horizon 2050.

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Depuis ce 1er janvier, toute nouvelle construction en Wallonie doit satisfaire aux exigences Q-ZEN (quasi zéro énergie).

Photo Thuis Best
  

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Cela signifie que les bâtiments nouvellement construits doivent avoir une consommation d’énergie quasi nulle.

Photo ARKANA
  

Des normes de plus en plus strictes

Depuis ce 1er janvier, toute nouvelle construction en Wallonie doit satisfaire aux exigences Q-ZEN (quasi zéro énergie), conformément à la norme européenne NZEB (nearly zero energy building). La Région bruxelloise impose la norme quasi passive depuis 2015. En clair, cela signifie que les bâtiments nouvellement construits doivent avoir une consommation d’énergie quasi nulle, et que la faible quantité d’énergie nécessaire doit être couverte, dans une très large mesure, par de l’énergie produite sur place ou à proximité, à partir de sources renouvelables.

Mais pour viser la neutralité carbone en 2050, il faut aller encore plus loin. C’est pourquoi le législateur européen envisage de passer, à court ou moyen terme, du NZEB au ZEB (bâtiments zéro énergie), avec des bâtiments qui devront produire autant d’énergie qu’ils en consomment. Si l’on en croit de nombreuses études sur le sujet, l’abandon quasi total des combustibles fossiles semble inévitable pour ramener à zéro les émissions de CO2 du parc immobilier. Un scénario que les secteurs du gaz et du mazout n’envisagent pas une seule seconde et qui, selon eux, relèverait plutôt du vœu pieux.

Gaz et mazout n’ont pas dit leur dernier mot

« Il faut faire la part des choses et distinguer le segment de la construction neuve et celui du bâti existant », explique Willem Voets, General Manager d’Informazout. « Dans le cas des nouvelles constructions et des rénovations lourdes, très bien isolées, la demande de chaleur diminue drastiquement et les maîtres d’ouvrage peuvent opter pour d’autres solutions que les énergies fossiles. » En revanche, il en va tout autrement pour le parc immobilier existant. « Ici, il est beaucoup plus compliqué – et onéreux – de diminuer les besoins en chaleur, et les chaudières à mazout conservent toute leur raison d’être. C’est particulièrement vrai en Wallonie où le raccordement au gaz est loin d’être optimal. »

Le même raisonnement prévaut pour le secteur du gaz naturel. Plus de 50 % des ménages se chauffent au gaz naturel, qui constitue la première énergie de chauffage depuis la fin du XXe siècle. Et les chaudières à condensation sont devenues la norme, puisqu’elles représentent environ 90 % des chaudières à gaz vendues en Belgique. « À l’heure actuelle, 200 000 chaudières gaz à condensation sont vendues chaque année dans notre pays, et les ventes restent constantes », précise Didier Hendrickx, Public Affairs Manager chez gas.be.

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« Les chaudières à mazout conservent toute leur raison d’être. C’est particulièrement vrai en Wallonie où le raccordement au gaz est loin d’être optimal », explique Willem Voets.

Photo De Dietrich
  

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Plus de 50 % des ménages se chauffent au gaz naturel, qui constitue la première énergie de chauffage depuis la fin du XXe siècle.

Photo Remeha
  

Cap sur 2050

Les secteurs du gaz et du mazout savent qu’ils sont sous pression et que, dans le contexte d’une Europe décarbonée à l’horizon 2050, ils vont rapidement devoir proposer des solutions totalement neutres en CO2. Ils y travaillent donc d’arrache-pied. Mieux : des solutions existent déjà (biométhane, végétale hydrotraitée…), même s’il faudra encore quelques années voire décennies avant qu’elles deviennent la norme.

Que les énergies fossiles aient un avenir ou non, les autorités européennes imposent à chaque État membre un certain pourcentage d’énergie renouvelable dans leur mix énergétique. Et l’ambition affichée est de parvenir à un volume compris entre 40 à 62 % de renouvelable d’ici 2050. À cet égard, on est encore loin du compte. L’objectif qui nous avait été fixé pour 2020 était de 13 %. Or, selon la ministre de l’Énergie Tinne Van der Straeten, nous n’aurions atteint que 11,68 %.

La biomasse en pole position

Le bois est de loin la première source d’énergie renouvelable utilisée en Belgique pour le chauffage domestique. Un Belge sur dix se chauffe (partiellement) au bois, et ce combustible gagne chaque année du terrain sur le gaz ou le mazout. Les chaudières à bûches et à pellets ont atteint des rendements qui n’ont rien à envier aux appareils traditionnels, et constituent désormais une véritable alternative économique.

Pour une consommation moyenne de 2 500 litres de mazout par an, se chauffer au bois représenterait une économie de près de 600 euros par an. Un investissement intéressant, sachant qu’une chaudière à bûches ne coûte pas beaucoup plus cher qu’une bonne chaudière à mazout, soit quelque 6 000 euros en moyenne, installation et ballon sanitaire compris. Les chaudières à pellets affichent des rendements encore plus hauts (entre 90 et 97 %) mais sont plus onéreuses : de 10 000 à 12 000 euros. « C’est clairement un investissement sur le long terme», tempère Pierre-Louis Bombeck, responsable de la biomasse chez Valbiom. « Contrairement aux combustibles fossiles, le prix des pellets (plus élevé que celui des bûches mais moins que celui des combustibles fossiles) est très stable et n’est pas soumis aux aléas de la géopolitique. »

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Les chaudières à bûches et à pellets ont atteint des rendements qui n’ont rien à envier aux appareils traditionnels, et constituent désormais une véritable alternative économique.

Photo Viessmann Belgium SPRL
  

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Les PAC trouvent davantage leur place en construction neuve qu’en rénovation.

Photo Mitsubishi Electric Europe
  

Quel succès pour les pompes à chaleur ?

À en croire l’ATTB (Association pour les techniques thermiques en Belgique), les ventes ont augmenté de plus de 20 % en 2019 et, pour la première fois, plus de 78 000 pompes à chaleur et chauffe-eau thermodynamiques ont été vendus. Toutefois, bien que le système ait largement prouvé son efficacité, la croissance du marché reste inférieure aux attentes du secteur et à ce que l’on peut observer à l’étranger. « Si, d’ici 2030, nous remplaçons les plus de 2 millions de chaudières obsolètes exclusivement par des pompes à chaleur, les émissions de CO2 pourraient être réduites à un point tel que nous serions en mesure de répondre aux exigences européennes sans la moindre difficulté », assure Émile Vandenbosch, secrétaire de l’ATTB. « Il faudrait alors installer 200 000 pompes à chaleur par an. »

 Il reste donc un long chemin à parcourir, sans compter que les PAC trouvent davantage leur place en construction neuve qu’en rénovation. Par ailleurs, avec la fermeture annoncée des centrales nucléaires en 2025 (si elle se concrétise) et la nécessité de développer le parc de véhicules électriques, on peut légitimement se demander s’il y aura suffisamment d’électricité pour alimenter tous ces appareils. Soulignons à cet égard l’intérêt de combiner une PAC à des panneaux photovoltaïques.

Grand soleil pour le photovoltaïque

Le parc photovoltaïque belge atteint une puissance installée cumulée de 4 826 MWc. Cela représente une surface de panneaux de l’ordre de 35 km2 (pour 7,5 m2/kWc), et correspond à la puissance de près de cinq réacteurs nucléaires. La diminution constante des prix fait de cette technologie un investissement parfaitement rentable : pour un investissement de 5 000 à 6 000 euros, on peut réaliser une économie de 900 euros/an sur sa facture d’électricité, soit un retour sur investissement de 7 ans en moyenne.

La Belgique vise désormais un objectif de 11 GWc d’ici 2030, ce qui nécessitera un rythme d’installation de 600 MWc par an pendant 10 ans. « Notons que les gouvernements successifs ont tous, par le passé, sous-estimé le développement possible de la technologie solaire photovoltaïque. Le premier objectif fixé pour 2020 a ainsi été atteint dès 2011. Une politique réellement ambitieuse pourrait donc fixer des objectifs plus importants », souligne-t-on à l’APERe (Association pour la promotion des énergies renouvelables).

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La diminution constante des prix fait de cette technologie un investissement parfaitement rentable.

Photo Eandis cvba
  

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Des fabricants de systèmes de chauffage ont mis au point des appareils à hydrogène pour le chauffage domestique.

Photo Remeha
  

L’hydrogène sera-t-il l’énergie de demain ?

Si, pour l’heure, le développement de l’hydrogène en Belgique en est encore largement au stade des tests, prototypes et autres bonnes intentions, les perspectives sont bonnes et les choses pourraient évoluer rapidement. En octobre 2019, Colruyt et Fluxys ont annoncé vouloir construire une usine de production d’hydrogène de 25 MW dans le port de Zeebrugge. Et en janvier 2020, le port d’Ostende, DEME Concessions et PMV promettaient d’unir leurs forces dans la zone portuaire d’Ostende afin d’y rendre opérationnelle, d’ici 2025, une usine produisant de l’hydrogène vert.

Du côté des fabricants de systèmes de chauffage, on a déjà pris le train en route : Viessmann et Remeha ont ainsi mis au point des appareils à hydrogène pour le chauffage domestique. Grand avantage : le seul sous-produit de la combustion du mélange hydrogène H2/air comburant est la vapeur d’eau. Si la combustion est bien gérée, elle n’entraîne pas d’émissions de CO2 ou d’oxydes d’azote (NOx).

L’hydrogène est donc bien une énergie susceptible de répondre aux impératifs d’une Europe décarbonée, mais se chauffer totalement à l’hydrogène n’est pas encore pour demain. Il faut d’abord régler le problème du stockage et celui du transport. D’autre part, les appareils de chauffage existants ne sont pas adaptés, ce qui implique aussi de remplacer une grande partie du parc actuel.

En conclusion

Si les énergies renouvelables sont de plus en plus présentes dans les nouvelles constructions, ces dernières ne représentent qu’une goutte d’eau dans la consommation énergétique totale du pays. Il faudra donc s’attaquer au bâti existant – qu’on ne rénove actuellement qu’à hauteur de 1 % par an alors qu’il est particulièrement énergivore – pour obtenir un parc immobilier « bas carbone ». Et il y a fort à parier que les énergies fossiles joueront encore un rôle important dans les années à venir. À moins d’imaginer un plan massif d’investissement dans les énergies renouvelables, ce que la situation budgétaire post-Covid risque de rendre très aléatoire…

Source : Je vais Construire

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