Le chauffage de l’avenir ? Pompes à chaleur et panneaux solaires, mais pas l’hydrogène ni la biomasse

Ceux qui espèrent un atterrissage en douceur après avoir vu leur facture d’énergie exploser risquent d’être amèrement déçus. « C’en est définitivement terminé du gaz bon marché », affirme Pieter Vingerhoets, expert en énergie (VITO/EnergyVille), dans une interview accordée à Livios. Son conseil ? Investissez dans une pompe à chaleur et dans l’énergie solaire. « Les panneaux photovoltaïques sont une évidence. »

Pieter Vingerhoets est expert en énergie attaché au centre de recherche VITO/EnergyVille. Il est spécialisé dans le passage à une société climatiquement neutre et dans l’ensemble des technologies qui nous aideront à y parvenir. Une chose est sûre : le gaz et le pétrole n’ont plus leur place !

Pieter Vingerhoets : « Outre des événements ponctuels, comme la reprise économique d’après le Covid-19, il existe des raisons structurelles à la hausse des prix du gaz et du pétrole. La réduction des investissements mondiaux dans les infrastructures des énergies fossiles contribue à la hausse des prix. Par ailleurs, nous ne payons pas encore de taxe CO2 ni d’autres prélèvements sur les combustibles fossiles, comme c’est le cas pour l’électricité. C’est ce qui explique que, ces dix dernières années, nulle part en Europe le gaz n’a été aussi bon marché que chez nous comparativement à l’électricité. Mais cette situation n’est pas viable à long terme. »

« Et puis il y a la guerre en Ukraine. La Russie ferme le robinet du gaz, ce qui provoque encore plus de pénuries. Je n’ai pas de boule de cristal mais une chose est sûre : c’en est définitivement terminé du gaz bon marché. »

80% aux énergies fossiles

Et c’est un défi pour notre chauffage domestique. Car, dans la pratique, le passage aux énergies renouvelables est à peine entamé. « Plus de deux tiers des foyers se chauffent encore au gaz et 16% au fioul. En d’autres termes, plus de 80 % dépendent encore directement de sources d’énergie fossiles », résume Pieter Vingerhoets.

Même dans les nouvelles constructions, pourtant traditionnellement à l’avant-garde des nouvelles technologies, la part des énergies renouvelables reste limitée. « En 2018, seul un nouveau constructeur sur quatre a, dans son permis de construire, demandé l’autorisation d’installer une pompe à chaleur. Cela signifie que la majorité des maisons construites en 2021 sont encore équipées d’une chaudière à gaz alors qu’une pompe à chaleur est l’option la plus durable. »

Une transition douloureuse

Le message de notre interlocuteur est parfaitement clair : « Nous devons au minimum installer systématiquement des pompes à chaleur dans les nouvelles constructions. Leur coût nécessite des incitants de la part des autorités car tout le monde n’a pas les moyens d’investir dans cette technologie. Mais plus nous attendons, plus le temps nous est compté et plus le changement sera douloureux. »

Le gouvernement flamand a interdit la connexion au réseau de gaz des nouveaux lotissements, projets de logements collectifs et immeubles à appartements, une mesure que Pieter Vingerhoets estime excellente. Mais par ailleurs, il critique l’obligation de rénovation éco-énergétique lors d’un achat pour que le bâtiment atteigne un PEB de valeur D. « C’est une étape intermédiaire qui encourage les rénovations inférieures aux normes, des rénovations bâclées et inachevées. Cette mesure est contre-productive car nous avons besoin de rénovations totales. »

Le rôle des réseaux de chaleur

Si Pieter Vingerhoets considère la pompe à chaleur comme LA technologie de chauffage du futur, d’autres joueront également un rôle. « À commencer par les réseaux de chaleur, pour autant qu’il y ait suffisamment de logements dans le voisinage et un producteur de chaleur résiduelle présentant une bonne businesscase. Je pense aux data centers, aux centrales de refroidissement ou aux stations d’épuration des eaux, toutes installations qui produisent une chaleur résiduelle utilisable pour le chauffage. »

Pour Pieter Vingerhoets, les boilers solaires et les panneaux photovoltaïques restent également intéressants. « Pour produire de l’électricité, les panneaux solaires sont une évidence. Ils n’ont pas toujours eu bonne presse, mais vous pouvez les rentabiliser rapidement, en trois ou quatre ans seulement. Si nous voulons atteindre les objectifs en matière d’énergies renouvelables, nous avons besoin de trois à quatre fois plus d’installations photovoltaïques qu’aujourd'hui. »

Les gaz ‘verts’…

Pieter Vingerhoets ne pense pas que les gaz verts – le biogaz ou l’hydrogène issu d’énergies renouvelables – apportent un quelconque avantage. « Pour produire de l’hydrogène, il faut de l’électricité et, à mon avis, il vaut mieux utiliser cette électricité pour une pompe à chaleur. De plus, l’hydrogène est très coûteux et crucial pour rendre l’industrie durable à long terme, par exemple pour la production d’ammoniac et d’acier. Ce serait une faute grave que de l’utiliser pour chauffer des logements. Quant au biogaz, il est potentiellement très durable mais beaucoup trop limité en termes de volume disponible. »

… ou le bois ?

Le chauffage au bois n’est pas non plus une bonne solution, estime Pieter Vingerhoets. « Le bois de qualité est extrêmement précieux pour l’industrie. En l’utilisant dans les processus industriels et en captant les émissions de CO2, il est même possible d’atteindre des émissions négatives. Mais il serait dommage qu’en 2050 nous en soyons encore à brûler du bois pour nous chauffer, surtout quand la météo est venteuse ou ensoleillée.

L’expert voit tout de même des exceptions. « Notamment les bâtiments historiques difficiles à rénover et pour lesquels le bois resterait une solution intéressante. »

Construction et rénovation : 3 questions à Pieter Vingerhoets

1. Quel est votre conseil à ceux qui achètent un logement aujourd’hui ?

« Contrôlez l’isolation. Les murs et le toit sont-ils déjà bien isolés ? Si pas, est-il possible d’améliorer facilement l’isolation ? Faites venir un expert pour établir un plan de rénovation à long terme et programmer le basculement vers une pompe à chaleur. »

2. Et à ceux qui construisent une maison neuve ?

« Isolez, investissez dans des panneaux solaires et dans une pompe à chaleur. Si votre budget vous y autorise, la géothermie vous permet de rafraîchir passivement le bâtiment en été. Mais une pompe à chaleur air-eau reste un excellent choix également. »

3. Que faire si vous venez d’investir dans une nouvelle chaudière gaz à condensation ?

« Question difficile. Je conseillerais de la laisser en place pour le moment mais en réglant la température de chauffage sur le minimum possible pour une efficacité énergétique maximale. »

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